Histoire avant 1848
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Centenaire 1914-1918

ANLB
Aïn Nouissy / Noisy-les-Bains
Toute l'histoire d'un village d'Algérie

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UNE MERVEILLE NATURELLE A NOISY-LES-BAINS :

LA GROTTE DE LA CHEGGA

(1939)

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Au-dessus de Noisy-les-Bains, une chaîne de collines culminant à 250 mètres d'altitude forme en quelque sorte la bordure sud du plateau de Mostaganem. Ces collines comptent, au point de vue géologique, parmi les terrains les plus anciens de l'Afrique du Nord. Elles remontent, en effet, à l'époque tertiaire (âge de l'éocène) comme en témoignent les bancs de fossiles coquilliers qui existent encore […]. Constituées presque essentiellement par du gypse et des calcaires plus ou moins purs, et plus ou moins colorés, elles offrent la même particularité que les célèbres plateaux des Causses, c'est-à-dire qu'elles sont creusées de nombreux gouffres ou avens (sortes de puits au diamètre variable mais n'excédant jamais six mètres de diamètre). Certains de ces gouffres sont comblés en partie, d'autres possèdent une profondeur très importante. Il n'est pas rare de voir l'orifice de plusieurs d'entre eux masqué par les branches d'un thuya ou d'un figuier poussé dans l'anfractuosité de la roche.

C'est dans l'un de ces gouffres que les anciens du village prétendaient avoir découvert jadis une galerie donnant accès à un lac souterrain, mais ils ajoutaient avec juste raison que ce lac était très difficile à atteindre. […]

Un jour de cet hiver, les Eclaireurs de France du groupe local de Mostaganem, découvraient par hasard l'ouverture d'un de ces gouffres à l'occasion d'une de leurs sorties du dimanche. Ils y pénétrèrent et, séduits par la beauté de ce qu'ils entrevirent, recommencèrent l'exploration plusieurs fois, faisant de nouvelles découvertes à chaque visite.

Le matin du 12 février dernier, huit d'entre eux recommençaient une fois de plus cette belle exploration ; l'après-midi, guidés par les jeunes scouts, l'instituteur et quelques personnes du village tentaient à leur tour l'exploration de ce gouffre donnant accès à une grotte merveilleuse, qui pour n'être pas aussi grandiose que la grotte de l'Aïdour (grotte située près d'Oran) est certainement aussi belle. Cette beauté réside dans le fait de la diversité étonnante des stalactites qui tapissent les parois des différentes salles et de leur blancheur éclatante. On s'engage dans la grotte de la Chegga par un gouffre de un à deux mètre de diamètre et on prend pied dix mètres plus bas. On suit alors un couloir assez court, mais rapide, qui mène dans la salle numéro un très étroite, mais haute. Les parois de cette salle sont tapissées d'une floraison de stalactites. De véritables grappes de pierre ornent les murs. Sans nul doute, il s'est produit là le phénomène classique, propre aux concrétions calcaires : l'eau d'infiltration chargée de calcaire suinte aux voûtes de la grotte, le gaz carbonique qu'elle contenait se dégage et le calcaire se dépose en formant un cône, appelé stalactite, qui pend de la voûte. Il ne semble pas qu'il y ait de stalagmites, le sol étant constitué par des matériaux détritiques. Dans certaines fissures, les cristaux de calcaire se sont agglomérés autour d'un noyau de gypse et la cassure révèle une double cristallisation. En d'autres endroits, nous verrons de superbes fers de lance former, avec les concrétions calcaires, un ensemble d'un heureux effet.

On quitte cette salle pour descendre encore presque verticalement dans une deuxième salle très haute, mais étroite, dont les murs se creusent de niches, de petites niches et d'étroits boyaux littéralement constellés d'une draperie de pierre. Les stalactites ressemblent dans cette salle à des pompons de neige en bouquets, d'une richesse incroyable. Certains couloirs sont entièrement garnis d'une dentelle où se croise une extraordinaire floraison d'aiguilles de pierre dont certaines sont de dimensions appréciables, de roses épanouies, de pompons immaculés qui nous arrachent des cris d'admiration.

Une série de couloirs merveilleusement ornés, mais étroits d'un mètre à peine, nous conduisent toujours en contrebas à la salle numéro trois, aux parois verticales d'une pureté incroyable dans laquelle est enchâssé, comme dans un écrin, un lac à l'eau limpide comme du cristal (l0m sur 6m et 5,70m de profondeur), dans laquelle se reflètent les tentures, les clochetons et les aiguilles de la voûte qui semble être très haute. L'effet est féerique. L'eau du lac est froide et semble devoir être de même composition que celle de la source captée à la carrière de plâtre dirigée par M. Végéhan. Nous le surplombons de 4 à 5 mètres et il ne faut pas songer à y descendre car il recouvre tout le sol de la cavité.

En suivant la paroi abrupte de cette salle, exercice périlleux car il faut surplomber le lac sur une étroite corniche pas plus large que le pied, on atteint un couloir qui conduit à la dernière salle, la plus vaste de toutes. Elle mesure au moins dix mètres de diamètre pour une hauteur de 15 mètres, peut-être plus. On se croirait dans l'abside d'une cathédrale gothique. La fantaisie de la nature a fait de cette salle une pure merveille. Le calcaire tapisse entièrement la voûte et les parois de flocons de neige et de magnifiques stalactites qui, en des endroits, forment dans la paroi des niches et des ogives. Un second lac, qui doit certainement communiquer avec celui de la salle numéro trois sans que l'on puisse l'affirmer, occupe en partie cette salle.

Nous sommes environ à trente-cinq mètres de profondeur, peut-être plus, et la totalité de la corde a été utilisée. Il faudra revenir pour explorer le deuxième lac, et, si possible, naviguer dessus avec un canot pneumatique pour voir s'il est réellement le terminus de la grotte. Mais notre joie est grande car le résultat dépasse nos espérance. La grotte de la Chegga peut rivaliser avec la grotte de l'Aïdour, et peut-être même avec les avens réputés du Tarn, de la Lozère et du Puy-de-Dôme. Une perle inestimable vient enrichir la collection de la spéléologie. Elle est en quelque sorte un abrégé joli de ses rivales de la Métropole, et parce que telle, il serait véritablement dommage de ne pas l'aménager à l'instar de celle de l 'Aïdour pour en permettre à tous la visite sans danger et sans fatigue. »

S. Dahoui, instituteur à Noisy-les-Bains

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A 60 METRES SOUS TERRE PRES DE NOISY-LES-BAINS,

DE JEUNES SPELEOLOGUES EXPLORENT UN GOUFFRE

(1952)

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[…] La colline dominant le village de Noisy-les-Bains a servi de champ d'action à un groupe de jeunes spéléologues amateurs qui sont descendus reconnaître plusieurs gouffres dont les plus petits ne dépassent pas 40 mètres et dont certains demeuraient en partie inexplorés.

Un jour, ils descendirent à 60 mètres pour atteindre une grande excavation constituant le fond d'un puits étroit. Sur la paroi de micaschiste, ils purent lire à la lueur des lampes électriques cette inscription en gros caractères: « FRED 1860 » (Nota: c'est le nom de l'instituteur du village en 1860).

[…] Il faut d'abord pénétrer dans une faille de 1,50m de diamètre. La descente s'effectue verticalement dans une sorte d'entonnoir étroit aux parois rugueuses en calcaire, recouvertes partiellement de mousse. Nous atteignons sans peine la première plate-forme à vingt mètres de l'orifice. Là, pour continuer la progression, l'utilisation des cordes et des lampes devient nécessaire. Nous pénétrons, avec assez de difficultés, dans une galerie très étroite et légèrement inclinée, surplombant une excavation abrupte. L'obscurité est complète. Au bout d'une dizaine de mètre, nous arrivons dans une petite salle longue de sept mètres dont les parois humides et blanches reflètent la lueur de nos lampes ; nous reconnaissons le schiste. Puis nous sommes contraints d'emprunter un boyau très étroit dans lequel nous progressons en rampant pour atteindre, cinq mètres plus loin, une cheminée descendant à la verticale. Là, les stalactites font leur apparition et à l'aide de cordes, vingt-cinq mètres plus bas, nous nous trouvons dans une grande salle longue d'une quinzaine de mètres et jonchée de pierres sur lesquelles on remarque une grande quantité de stalagmites en formation.

Cette grotte donne sur un lac profond de trois mètres environ et dont l'eau est très claire. La nappe, d'une largeur de trois mètres, est divisée par des éboulis en trois bassins successifs. Nous traversons les deux premiers, également longs de quatre mètres, sur une passerelle de fortune construite à l'aide de troncs de figuiers qu'il a fallu descendre depuis la surface. Il reste à franchir la dernière nappe, longue de sept mètres, et cet obstacle sera passé à la nage. Nous poursuivons ensuite l'excursion par une galerie qui remonte en pente assez accentuée sur une trentaine de mètres et dont les parois sont recouvertes de superbes stalactites. Tout à coup, la progression s'arrête, il n y a plus d'issue, c'est le fond du gouffre et de nombreuses chauves-souris de très fortes dimensions, qui sont les seuls habitants de ces lieux ténébreux, nous accueillent de leurs cris stridents. Il a fallu environ quatre heures pour faire cette excursion souterraine.

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(Sources : journaux «L'Aïn-Séfra» du 8 mars 1939 et« L'Echo d'Oran» du 2 septembre 1952, repris dans «La Gazette de Noisy-les-Bains», Tommes III et IV)

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