Histoire avant 1848
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Centenaire 1914-1918

ANLB
Aïn Nouissy / Noisy-les-Bains
Toute l'histoire d'un village d'Algérie

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LE MOSTAGANEMOIS,

SITUATION GEOGRAPHIQUE DE NOISY-LES-BAINS

(1952)

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Nom de région

Le nom de Mostaganémois a été employé par les populations européennes pour désigner un pays nettement défini par des limites naturelles, par une structure particulière, par une économie originale faisant apparaître la monoculture de la vigne en propriété européenne, une mise en valeur mi­pastorale, mi-agricole chez les Musulmans, un habitat varié de villages et de grands domaines chez les Européens, de petites fermes rurales chez les Musulmans. Cette diversité se groupe en deux types différents de paysages: à l'ouest, un plateau mamelonné où alternent molles ondulations et dépressions allongées portant le nom original de « vallées » ; à l'est, une chaîne de collines à demi dénudées. Anciennement occupé et défriché, ce Mostaganémois s'est peuplé à partir de 1848 de colons majoritairement d'origine française. Connu à l'époque turque sous le nom semi-administratif, semi-­tribal d'Aghalik des Medjaher, c'était alors « une des régions les plus petites et les moins peuplées de la province d'Oran, mais une de celles où la culture est le mieux entendue et le plus avancée. C'est uniquement à l'industrie des habitants qu'est dû ce résultat, car leur territoire, coupé dans beaucoup de parties par de longues landes sablonneuses, est moins fertile, peut-être, que celui de tous leurs voisins; le caractère sédentaire et agricole de la tribu des Medjaher et leur persévérance ont beaucoup contribué aux progrès de la culture ».

Limites

Entre la large et profonde vallée du Bas-Chélif au nord et la dépression monotone de l'Habra-Macta au sud, la vallée de la paresseuse Mina inférieure à l'est et la mer à l'ouest, le Mostaganémois s'étend sur plus de 1 400 kilomètres carrés, entre la chaîne côtière du Dahra au nord et l'Atlas tellien des Beni-Chougrane au sud. A partir du grau de la Macta, il domine la Méditerranée par une côte escarpée, inhospitalière et sauvage, souvent envahie par les dunes ; par une brusque dénivellation de 200 mètres il surplombe en balcon la vallée du Bas-Chélif. Vers le Sud, en partie, il s'ennoie sous les alluvions de la plaine de l'Habra-Macta ; en partie, il s'achève en collines irrégulières de 100 à 200 mètres de hauteur relative de Fornaka à Bouguirat. Au sud-est, la « montagne » de Bel-Hacel se dresse à 516 mètres au-dessus de la plaine de Relizane. L'ouest, plateau ondulé d'occupation humaine ancienne, a été transformé à partir de 1848 par la colonisation rurale française et la culture de la vigne, en une riche région agricole se développant en éventail autour de la ville de Mostaganem. L'est, accidenté, plus sauvage, était encore dans les années 1950 un peu en dehors de la circulation générale ; envahi de dunes continentales, il a été mis en valeur plus tardivement et d'une façon moins certaine.

Le milieu

Le milieu est particulièrement favorable à l 'habitat et à la culture. Par son orientation par rapport aux vents marins, cette région jouit d'un climat favorisé. Proche parent de celui des Sahels, il est surtout moins humide que celui d'Oran où le Djebel-Murdjadjo condense les nuées marines en une brume humide, pénible hiver comme été. Le Mostaganémois est caractérisé par la douceur de sa température, la faiblesse des écarts thermiques, l'alternance quotidienne des brises de mer et de terre (moyennes, de l'année : 17°3, du mois le plus chaud, août : 24°, du mois le plus froid : 10°2, maximum moyen : 28°4, minimum moyen : 9°). Il y a également peu de siroco et peu de gelées, même dans les dépressions. La pluviosité est faible, comme dans les régions littorales algériennes sans relief important (379 millimètres à Mostaganem, 360 millimètres à Bouguirat). Ces diverses caractéristiques climatiques permettent la culture de primeurs et des arbres fruitiers, même de l'oranger à 7 kilomètres de la mer, à Rivoli. Les sols sablonneux, en général, sont faciles à travailler et propres à la culture. On passe des sables gris des plages aux sables grossiers et mobiles du littoral, enrichis en calcaire par le défonçage de la légère croûte superficielle et le brassage des coquilles d'hélix. Sur le plateau, les sols mélangés d'éléments gréso-sableux et de marnes sont perméables, pauvres et exigeants en engrais complets. Certains sols ferrugineux constituent une sorte d'alios ; d'autres, dans les dépressions argilo-­calcaires, sont enrichis par de l'humus ou des argiles de ruissellement et ont souvent dû être drainés. Ceux des crêtes orientales contiennent une forte proportion de cailloux et de graviers et sont particulièrement secs.

En général, la végétation originelle a fait place aux cultures et peu de régions ont subi un défrichement aussi intense : on peut calculer que, de 1833 à 1950, plus de 4000 hectares ont été défrichés sur le plateau de Mostaganem, couvert autrefois d'un maquis d'oléo-lentisques-chêne vert et de taillis de Callitriaie (association végétale du Thuya), dégradés par place en une brousse dense de palmiers nains. En 1954, les collines de Bel-Hacel possédaient encore des traces importantes (4 500 hectares), mais dégradées, du boisement dense de pins d'Alep, chênes verts, thuyas, avec quelques chênes-lièges, qui recouvraient jadis cette région.

Aspect général

Quand on aborde le plateau de Mostaganem (64 % de la surface totale), en venant des marais de la Macta, en quittant la route d'Oran à Mostaganem, établie sur l'ancien cordon dunaire consolidé de la plage quaternaire de 40 à 60 mètres, on atteint le rebord occidental du plateau par des routes en lacets creusées dans l'abrupt de l'ancienne « falaise morte » de grès calcaires pliocènes éventrés de carrières. Un abrupt de faille, jalonné par un îlot triasique assez important, limite la base méridionale au contact de la plaine de subsidence de l'Habra-Macta. Dans l'ensemble, ce plateau apparaît comme un horst dont l'extrême jeunesse des formes (croupes et « vallées » déprimées) et l'indécision du drainage superficiel sont influencées par l'origine mi-­karstique, mi-tectonique et par le régime steppien du pliocène. Dépressions et rides parallèles sud-­ouest/nord-est font penser à une coulisse de légers plis imbriqués relayant ceux, plus accentués, du Dahra et des Beni-Chougrane voisins. La surface est constituée par des grès calcaires tendres pliocènes de 80 mètres d'épaisseur reposant sur des marnes bleues. Erodés par les vents, ces grès donnent des sables repris en dunes, témoins d'un modelé désertique où l'accumulation l'emporte sur l'évacuation hydrographique.

Plusieurs nappes phréatiques peu profondes (de 1 à 25 mètres) alimentent sources et puits et fournissent aux cultures de cette région l'eau que leur refuse le climat relativement sec. Par contre, en dehors du court oued Aïn-Séfra, il n'existe pas de réseau hydrographique défini. Ce vaste plateau présente un aspect général verdoyant. Le paysage, frais malgré la grande extension des sables, profite de la présence de l'eau souterraine. Les routes rectilignes ombragées d'eucalyptus autour de Noisy-Ies-Bains, Rivoli et Aboukir, les routes bordées de haies et les chemins creux autour de Pélissier, laissent la même impression de fraîcheur et de richesse que le Sahel algérois. Rayonnant tout autour de Mostaganem, la culture de la vigne dominait avant 1962, et partout les céréales étaient réduites à quelques champs sporadiques. Les arbres fruitiers et d'agréments, les jardins, soulignent encore le fond des dépressions humides et atteignent leur plus forte densité autour des fermes. Ces exploitations isolées, petites en général, appartenaient à des Européens aussi bien qu'à des Musulmans.

Vers Tounin au nord, Blad-Touaria et Bouguirat au sud, le long de la route de Blad-Touaria à Aïn­Tédelès à l'est, l'aspect change. Les sables prennent de plus en plus d'importance, des dunes continentales s'installent, des brousses incultes et des dépressions marécageuses donnent au pays un caractère plus agreste. Les fermes s'éloignent les unes des autres, les bâtiments d'exploitations autrefois européennes augmentent d'importance dans cette région où, avant 1962, les Musulmans groupés en douars vivaient des produits de maigres jardins-vergers et de l'élevage sur les terrains de parcours. Il faut atteindre le rebord de la rive gauche du Chélif pour retrouver les riches régions, autrefois vinicoles et oléicoles de Bellecôte, Aïn-Tédelès, Bellevue mises en valeur par les colons français, que l'on retrouve du reste de l'autre côté du grand oued sur les plateaux du Dahra oranais. Vers l'est, on entre en pleine région de transition mais les vins portaient encore, avec raison, l'appellation d'origine de vins du plateau de Mostaganem.

Après avoir parcouru d'ouest en est ce pays, on franchit la crête déjà plus élevée des Ouled-Sidi­-Abdallah, et l'aspect change. Du nord au sud, du Hameau de Blad-Touaria à Aïn-Tédelès ou à Oued­-Kheïr, apparaît un paysage monotone de crêtes gréseuses et de dépressions noyées de dunes continentales, reprises par l'érosion. Dans les creux, les nappes phréatiques, peu profondes, humectent les sables et leur donnent plus de consistance ; par places des marécages apparaissent. D'ouest en est, l'aspect change beaucoup plus nettement. Les routes, et plus souvent les pistes ensablées réunissant le chemin de grande communication de Georges-Clémenceau et Aïn-Tédelès à Bel-Hacel par les maisons forestières de l'Agboub et de Derkaoua, permettent de franchir une région accidentée où les mamelons de plus en plus élevés et importants aboutissent à la « montagne» de Bel-Hacel, culminant à 516 mètres au-dessus de la basse Mina qui se traîne, dans la plaine, à 44 mètres d'altitude. Dans l'ensemble, cette région broussailleuse et aride, déserte par endroits, ne comprenait que des douars parmi lesquels faisaient tâche quelques domaines européens, dont subsistent toujours les constructions, et la forêt de l'Agboub.

Sources: «Le Mostaganémois», de Robert Tinthoin (1952)

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