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Le 07/03/2007

L’ÉBLOUISSEMENT AU GOÛT DE LA FRAISE LOCALE.

Les amateurs de bonnes saveurs peuvent désormais déguster de la fraise produite dans nos campagnes. Elevée sous des abris tunnels ou dans des serres, cette plante rampante vient de faire une entrée remarquée sur le marché.

Sa production aussi précoce aura nécessité le recours à un film plastique qui permet à la fois d’entretenir une température idéale au niveau du sol et d’épargner les parties charnues qui portent les fruits d’être en contact direct avec la terre. A l’origine, la fraise des bois ne poussait que dans les régions suffisamment arrosées de l’Algérie septentrionale, notamment dans les bandes côtières de la petite Kabylie jusqu’à Skikda. Une région qui passe pour en être le berceau naturel et où l’on rencontre une variété locale dont l’origine demeure à nos jours inconnue et qui n’aura pas échappée à l’œil averti des collectionneurs. Un opérateur égyptien aura même tenté de la faire fructifier sur les berges du Nil, sans grand succès. Sur un aspect strictement botanique, la fraise comestible n’est pas un fruit. C’est la transformation du réceptacle de la fleur en parties charnues qui s’hypertrophient et prend dans la plupart des cas une coloration rouge si particulière. Les véritables fruits sont ces akènes noirs et durs qui parsèment cette partie charnue et qui sont les graines à partir desquelles ont peut obtenir de nouveaux plants. Chez cette plante, ce sont ces parties charnues qui peuvent être fortement aromatisées. C’est pourquoi elles seront très prisées par les consommateurs, les pâtissiers et les fabricants de glaces. Sa réapparition dans la région – elle fut introduite déjà du temps de l’autogestion, mais n’aura pas survécue en raison de l’extrême difficulté à la multiplier- sur de faibles superficies s’explique par le coût relativement élevé des plants qui sont encore importés en totalité. Ceci s’expliquant par l’extrême difficulté à conserver les plants durant la sécheresse estivale. Ce qui oblige les producteurs à renouveler la culture.

Les senteurs de la volupté

Seule une judicieuses irrigation d’appoint permet d’entretenir les pousses sans trop les abîmer. En effet, malgré la présence de graines bien visibles, l’espèce préfère un mode de reproduction asexué. Ce sont les stolons qui apparaissent vers la fin du cycle et qui donnent naissance à de nouvelles pousses. Un plant bien entretenu peut donner naissance à une cinquantaine de rejetons. Lorsqu’ils sont bien conservés – par le maintien d’une basse température et surtout d’une humidité relativement constante- les jeunes plants peuvent repartir en végétation dès l’arrivée des premières fraîcheurs automnales. La montée en fruit n’intervenant qu’au début du printemps. Mais, grâce aux techniques de forçage qu’offre la plasticulture, il est possible de faire fructifier le fraisier durant la saison froide. C’est ainsi que depuis plusieurs saisons, certains fellahs n’auront pas hésité à ramener des plants conservés sous froid importés de l’étranger. L’Egypte, l’Italie, L’Espagne et la France étant les principaux pays fournisseur. Alors que le Sahel algérois et les collines de Skikda passent pour être des zones naturelles d’expansion de cette culture, il faudra désormais compter avec le littoral Mostaganémois. L’expérience entamée par quelques agriculteurs de Sidi Lakhdar aura trouvé d’autres adeptes au niveau de Sirat, de Aïn Nouissy et de Mansourah. Utilisant des plants français, ces producteurs viennent de mettre sur le marché les premières barquettes. Recourant alternativement aux serres ou aux tunnels nantais tapissés de paillage plastique, ces nouveaux pionniers pourront sérieusement concurrencer les producteurs de Tipaza. Grâce à une meilleure précocité, un ensoleillement plus important et apparemment un arôme plus accentué. Alors que dans des pays comme l’Espagne ou l’Italie, le recours à un chauffage d’appoint peut s’avérer nécessaire, il est loisible de constater que depuis la mi janvier, les fraises locales sont sur les étals. A des prix qui justifient les investissements financiers et les défis techniques. Cédée entre 300 et 600 DA le Kg, la fraise locale n’a rien à envier aux autres fruits exotiques. Dommage que certains producteurs récoltent des fruits encore immatures. Ce qui désarçonne totalement les consommateurs qui ne peuvent pas admettre de payer aussi chèrement des fruits encore acides. Beaucoup d’amateurs attendent patiemment le pic de production et d’ensoleillement pour profiter de prix moins élevés mais également d’un arôme de plus en plus troublant. C’est aussi cela le miracle de la fraise locale.

Yacine Alim

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